Biography - Marie-Lou Chatel
761
page-template,page-template-full_width,page-template-full_width-php,page,page-id-761,qode-social-login-1.0,ajax_fade,page_not_loaded,,select-theme-ver-4.1,vertical_menu_enabled,paspartu_enabled,menu-animation-line-through,side_area_uncovered,wpb-js-composer js-comp-ver-5.2,vc_responsive

Biography

J’ai découvert en 2014 une artiste belge, namuroise, qui opère dans la discipline très spécialisée de la restauration et de la colorisation d’images. Pour moi, le charme a opéré immédiatement. Instantanément.
Ce travail hautement technique et quasiment alchimique, tout en précision et en nuance, en tact et en doigté, en haute densité poétique, cette entreprise de virtuosité m’a immédiatement séduit. Marie-Lou Chatel, annonce-t-elle dans un de ses espaces, est fascinée par les vieilles photographies, elle aime à se figurer la façon dont les gens
ont vécu et travaillé dans le passé. La colorisation et la restauration confèrent aux plus vieilles photographies une nouvelle vie et nous permettent de nous forger une idée de la vie à cette époque. Aucune image colorisée, affirme-t-elle, ne peut remplacer l’image originale en noir & blanc, mais ce travail nous offre la perspective de découvrir le monde tel qu’il s’offrait au regard de nos grands-parents.
Je me représente qu’il y a vraisemblablement un vain débat autour de cette question.
J’y échappe en me disant que la photo colorisée est une sorte d’aventure d’adaptation et de traduction. Traduttore, traditore, on connaît le cri d’effroi.
Mais une adaptation experte, une traduction intelligente peuvent s’apparenter tout simplement à la création. Inutile d’opposer l’un à l’autre, le noir & blanc au colorisé, ils peuvent coexister comme les deux faces d’un astre, les deux versants d’une colline, les variations sur un même thème ou la transposition d’une oeuvre musicale
pour un nouvel instrument. L’important, l’indispensable tient en ceci : il faut qu’il y ait oeuvre. Dans le cas qui nous préoccupe, il y a. L’art de Marie-Lou Chatel est du côté de la déclinaison, de la variation et de l’invention.
Marie-Lou Chatel aime à présenter son travail, mais elle a aussi à coeur de rendre hommage à ces grands photographes du passé sans qui son travail n’existerait pas.
C’est pour elle une question d’honneur et de respect de toujours mentionner leurs noms et les informations relatives à leurs photographies. Nous apprécions ces nobles dispositions.
Ce travail fascinant et méticuleux nous semble, à la réflexion, relever d’un nombre incalculable de catégories : de la haute couture à la peinture en passant par les savoirs du vitrailliste via ceux du sertisseur ou du peintre, il oscille entre l’invention et la restitution en passant par l’archéologie, l’histoire et l’habillage, il emprunte aux techniques de la décoration, du maquillage ou de l’enluminure en passant par les trouvailles du coloriste.
Mais, quelles que soient les prouesses qu’il faille exiger de la palette digitale et des techniques savantes mises en jeu, la nouvelle image obtenue s’impose par un charme délicat, un saut gracieux dans le temps, une subtilité exquise, un cachet ravissant et une sorte de magie allègre.
J’éprouve une sorte de bonheur, une palpitation agréable dans la contemplation de ces icônes élégamment colorisées. Il me semble que le talent si particulier de Marie-Lou Chatel tient aussi dans la pertinence de ses choix : les photographies qu’elle colorise sont toujours d’une grande qualité graphique.
Les couleurs de Marie-Lou Chatel ne constituent pas, en aucun cas, l’incursion du neuf dans le suranné. D’abord, les chefs-d’oeuvre en n&b possèdent, pour résister à l’assaut du temps, leur autonomie et leur valeur. Ensuite, l’intervention de la couleur selon Marie-Lou Chatel est l’intervention tempérée, mesurée, chambrée d’une couleur qui épouse les canons, les teintes, les subtilités de son époque.
Je pense, de mon côté, – en esthète et en poète s’entend ! – à la suavité raffinée qu’il y a à coloriser le merveilleux visage, les somptueuses épaules de la gracieuse Maureen O’ Hara ou les magnifiques jambes, les maillots merveilleux de quatre baigneuses sur la page (Four Women on the beach in the 50s, LIFE). Je songe, ému et troublé, pour tout dire conquis, à l’invention de la mer, de l’écume et du ciel sur un voilier du Vendée Globe de 1901 Je songe, enchanté, aux rapports vaporeux, délicats, savants entretenus par l’artiste avec l’habillage et le saupoudrage de poudre magique de la neige, des enseignes lumineuses, des phares dans la brume (Thanksgiving snowstorm 1950 – (Cleveland News).
Je songe, ensorcelé, à cette sorte d’épiphanie de la couleur dans le corps même de la lumière dévalant par rayons superbes à travers les baies vitrées de Grand central Terminal, New-York, une oeuvre de 1941 signée John Collier. Et je me convaincs que, dans l’intervention de Marie-Lou Chatel, la couleur ne couvre pas, elle habite.

Denys-Louis Colaux.